Де Мюссе Альфред - La confession d'un enfant du siècle стр 10.

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Remerciez Dieu de vous montrer le ciel, et parce que vous battez de l’aile, ne vous croyez pas un oiseau. Les oiseaux euxmêmes ne peuvent franchir les nuages; il y a une sphère où ils manquent d’air, et l’alouette qui s’élève en chantant dans les brouillards du matin, retombe quelquefois morte sur le sillon.

Prenez de l’amour ce qu’un homme sobre prend de vin; ne devenez pas un ivrogne. Si votre maîtresse est sincère et fidèle, aimez-la pour cela; mais si elle ne l’est pas, et qu’elle soit jeune et belle, aimez-la parce qu’elle est jeune et belle; et si elle est agréable et spirituelle, aimez-la encore; et si elle n’est rien de tout cela, mais qu’elle vous aime seulement, aimez-la encore. On n’est pas aimé tous les soirs.

Ne vous arrachez pas les cheveux et ne parlez pas de vous poignarder parce que vous avez un rival. Vous dites que votre maîtresse vous trompe pour un autre; c’est votre orgueil qui en souffre; mais changez seulement les mots: dites-vous que c’est lui qu’elle trompe pour vous, et vous voilà glorieux.

Ne vous faites pas de règle de conduite et ne dites pas que vous voulez être aimé exclusivement; car, en disant cela, comme vous êtes homme et inconstant vousmême, vous êtes forcé d’ajouter tacitement: Autant que cela est possible.

Prenez le temps comme il vient, le vent comme il souffle, la femme comme elle est. Les Espagnoles, les premières des femmes, aiment fidèlement; leur cœur est sincère et violent, mais elles portent un stylet sur le cœur. Les Italiennes sont lascives; mais elles cherchent de larges épaules et prennent mesure de leur amant avec des aunes de tailleurs. Les Anglaises sont exaltées et mélancoliques, mais elles sont froides et guindées. Les Allemandes sont tendres et douces, mais fades et monotones. Les Françaises sont spirituelles, élégantes et voluptueuses, mais elles mentent comme des démons.

Avant tout, n’accusez pas les femmes d’être ce qu’elles sont; c’est nous qui les avons faites ainsi, défaisant l’ouvrage de la nature en toute occasion.

La nature, qui pense à tout, a fait la vierge pour être amante; mais, à son premier enfant, ses cheveux tombent, son sein se déforme, son corps porte une cicatrice;

la femme est faite pour être mère. L’homme s’en éloignerait peut-être alors, dégoûté par la beauté perdue; mais son enfant s’attache à lui en pleurant. Voilà la famille, la loi humaine; tout ce qui s’en écarte est monstrueux. Ce qui fait la vertu des campagnards, c’est que leurs femmes sont des machines à enfantement et à allaitement, comme ils sont, eux, des machines à labourage. Ils n’ont ni faux cheveux, ni lait virginal; mais leurs amours n’ont pas la lèpre; ils ne s’aperçoivent pas, dans leurs accouplements naïfs, qu’on a découvert l’Amérique. A défaut de sensualité, leurs femmes sont saines; elles ont les mains calleuses, aussi leur cœur ne l’est-il pas.

La civilisation fait le contraire de la nature. Dans nos villes et selon nos mœurs, la vierge faite pour courir au soleil, pour admirer les lutteurs nus, comme à Lacédémone, pour choisir, pour aimer, on l’enferme, on la verrouille; cependant elle cache un roman sous son crucifix. Pâle et oisive, elle se corrompt devant son miroir, elle flétrit dans le silence des nuits cette beauté qui l’étouffe et qui a besoin du grand air. Puis tout d’un coup on la tire de là, ne sachant rien, n’aimant rien, désirant tout; une vieille l’endoctrine, on lui chuchote un mot obscène à l’oreille, et on la jette dans le lit d’un inconnu qui la viole. Voilà le mariage, c’est-à-dire la famille civilisée. Et maintenant voilà cette pauvre fille qui fait un enfant; voilà ses cheveux, son beau sein, son corps, qui se flétrissent; voilà qu’elle a perdu la beauté des amantes, et elle n’a point aimé! Voilà qu’elle a conçu, voilà qu’elle a enfanté, et elle se demande pourquoi; on lui apporte un enfant et on lui dit: Vous êtes mère. Elle répond: Je ne suis pas mère; qu’on donne cet enfant à une femme qui ait du lait; il n’y en a pas dans mes mamelles. Ce n’est pas ainsi que le lait vient aux femmes. Son mari lui répond qu’elle a raison, que son enfant le dégoûterait d’elle. On vient, on la pare, on met une dentelle de Malines sur son lit ensanglanté; on la soigne, on la guérit du mal de la maternité. Un mois après, la voilà aux Tuileries, au bal, à l’Opéra; son enfant est à Chaillot, à Auxerre; son mari, au mauvais lieu. Dix jeunes gens lui parlent d’amour, de dévouement, de sympathie, d’éternel embrassement, de tout ce qu’elle a dans le cœur. Elle en prend un, l’attire sur sa poitrine; il la déshonore, se retourne, et s’en va à la Bourse. Maintenant la voilà lancée; elle pleure une nuit et trouve que les larmes lui rougissent les yeux. Elle prend un consolateur, de la perte duquel un autre la console; ainsi jusqu’à trente ans et plus. C’est alors que, blasée et gangrenée, n’ayant plus rien d’humain, pas même le dégoût, elle rencontre un soir un bel adolescent aux cheveux noirs, à l’oeil ardent, au cœur palpitant d’espérance; elle reconnaît sa jeunesse, elle se souvient de ce qu’elle a souffert, et, lui rendant les leçons de sa vie, elle lui apprend à ne jamais aimer. Voilà la femme telle que nous l’avons faite; voilà nos maîtresses. Mais quoi! ce sont des femmes, et il y a avec elles de bons moments!

Si vous êtes d’une trempe ferme, sûr de vous-même et vraiment homme, voilà donc ce que je vous conseille: lancez-vous sans crainte dans le torrent du monde; ayez des courtisanes, des danseuses, des bourgeoises et des marquises. Soyez constant et infidèle, triste et joyeux, trompé ou respecté; mais sachez si vous êtes aimé, car, du moment que vous le serez, que vous importe le reste?

Si vous êtes un homme médiocre et ordinaire, je suis d’avis que vous cherchiez quelque temps avant de vous décider, mais que vous ne comptiez sur rien de ce que vous aurez cru trouver dans votre maîtresse.

Si vous êtes un homme faible, enclin à vous laisser dominer et à prendre racine là où vous voyez un peu de terre, faitesvous une cuirasse qui résiste à tout; car, si vous cédez à votre nature débile, là où vous aurez pris racine, vous ne pousserez pas; vous sécherez comme une plante oisive, et vous n’aurez ni fleurs, ni fruits. La sève de votre vie passera dans une écorce étrangère; toutes vos actions seront pâles comme la feuille du saule; vous n’aurez pour vous arroser que vos propres larmes, et pour vous nourrir que votre propre cœur.

Mais si vous êtes une nature exaltée, croyant à des rêves et voulant les réaliser, je vous réponds alors tout net: L’amour n’existe pas.

Car j’abonde dans votre sens, et je vous dis: Aimer, c’est se donner corps et âme, ou, pour mieux dire, c’est faire un seul être de deux. C’est se promener au soleil, en plein vent, au milieu des blés et des prairies, avec un corps à quatre bras, à deux têtes et à deux cœurs. L’amour, c’est la foi, c’est la religion du bonheur terrestre; c’est un triangle lumineux placé à la voûte de ce temple qu’on appelle le monde. Aimer, c’est marcher librement dans ce temple, et avoir à son côté un être capable de comprendre pourquoi une pensée, un mot, une fleur, font que vous vous arrêtez et que vous relevez la tête vers le triangle céleste. Exercer les nobles facultés de l’homme est un grand bien, voilà pourquoi le génie est une belle chose; mais doubler ses facultés, presser un cœur et une intelligence sur son intelligence et sur son cœur, c’est le bonheur suprême. Dieu n’en a pas fait plus pour l’homme; voilà pourquoi l’amour vaut mieux que le génie. Or, dites-moi, est-ce là l’amour de nos femmes? Non, non, il faut en convenir. Aimer, pour elles, c’est autre chose: c’est sortir voilées, écrire avec mystère, marcher en tremblant sur la pointe du pied, comploter et railler, faire des yeux languissants, pousser de chastes soupirs dans une robe empesée et guindée, puis tirer les verrous pour la jeter par-dessus sa tête, humilier une rivale, tromper un mari, désoler ses amants; aimer, pour nos femmes, c’est jouer à mentir, comme les enfants jouent à se cacher; hideuse débauche du cœur, pire que toute la lubricité romaine aux saturnales de Priape; parodie bâtarde du vice luimême aussi bien que de la vertu; comédie sourde et basse, où tout se chuchote et se travaille avec des regards obliques, où tout est petit, élégant et difforme, comme dans ces monstres de porcelaine qu’on apporte de Chine; dérision lamentable de ce qu’il y a de beau et de laid, de divin et d’infernal au monde; ombre sans corps, squelette de tout ce que Dieu a fait.

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